Perdre brutale de l’audition, Elodie témoigne

Perdre brutale de l’audition, Elodie témoigne

Elodie a 29 ans. En 2018, elle perd l’audition de son oreille gauche en quelques heures. Passé le choc et avec le temps, elle se relève et aborde la vie avec beaucoup de sagesse et d’optimisme. Découvrez son témoignage. 

“ Une perte auditive brutale, sans signe avant-coureur”

Je m’appelle Elodie, j’ai 29 ans. Je travaille dans la sécurité privée, en reconversion dans le même domaine. Je suis malentendante depuis juin 2018 suite à un problème vasculaire. Cophose (perte auditive totale) à gauche sans aucune récupération, petite baisse auditive à l’oreille droite.  J’ai perdu l’audition brutalement en quelques heures. C’était très brutal sans signe avant coureur. J’étais en pleine forme sans souci de santé particulier. 

Toucher le fond et se relever

Je l’ai vécu comme un drame. Perdue dans ce nouveau monde. Beaucoup de larmes, de peurs, d’interrogations. Entre les examens de santé, la perte de mon emploi suite à mon handicap soudain, j’ai perdu pied et j’ai fait une dépression. Suite à ça, j’ai décidé d’être combative et de me relever. 

“ Sans grande conviction je suis allée voir un audioprothésiste” 

Je me suis appareillée en juillet 2019. J’avais une ordonnance pour un appareil auditif. Sans grande conviction je suis allée voir un audioprothésiste, sur conseil de mes proches. Cet audioprothésiste a été d’une extrême gentillesse. Je savais que cet appareil auditif ne me rendrait pas l’audition à l’oreille gauche mais il m’aide mais à me repérer dans l’environnement. Mon audioprothésiste a pris le temps de m’expliquer, il me l’a fait tester. Et m’a convaincu de son utilité.

 

“Savourer le chant des oiseaux et le souffle du vent “

L’un de mes souvenirs les plus forts a été l’essayage des appareils auditifs. La première fois que je suis sortie avec mes appareils auditifs j’ai entendu les oiseaux et le vent souffler  !! Je ne m’étais pas rendu compte jusque là que j’avais « oublié » ce genre de bruits tellement habituels. J’ai attendu quelques minutes en savourant ces bruits qui m’avaient manqués avant de continuer mon chemin. 

Les sorties au restaurant ou dans les magasins sont plus difficiles

Les sorties en extérieur avec beaucoup de monde sont plus difficiles à vivre : au restaurant, dans les magasins… Mes appareils étant très discrets, je n’ose toujours pas annoncer à mes interlocuteurs que je suis malentendante. Bien souvent, je perds le fil des discussions. 

Le bonheur en tant que malentendant ? Pouvoir me retirer dans le silence

J’apprécie de pouvoir me couper du monde extérieur quand je le souhaite !! Extinction de l’appareillage auditif et hop ! Bruit au minimum voir silence absolu selon la position que j’adopte, … Si si vraiment c’est un vrai bonheur ! 

Son message aux malentendants pour bien vivre son handicap auditif

Prendre le temps. 

Tout son temps pour accepter son handicap. 

Qu’il soit brutal ou progressif. Ne surtout pas hésiter à en discuter avec son entourage proche ou un professionnel de santé (psychologue). C’est grâce à mon entourage que j’ai réussi à accepter mon handicap. Se sentir entourée, c’est très important ! 

 

Un dernier mot ? 

La vie est belle, malgré les épreuves. Gardez en tête que toutes les difficultés sont surmontables peu importe le temps que cela prendra. 

 

Derrière les nuages se cache le soleil 😉 . 

 

Un grand merci à Elodie pour ce témoignage qui donne de l’espoir 🙂

 

Vous avez envie de témoigner de votre parcours de malentendant ?

Témoignage de malentendant « Ophélie »

Témoignage de malentendant « Ophélie »

Ophélie a 21 ans, elle est étudiante en Sciences pour la Santé pour devenir Attachée de recherche clinique. Elle est malentendante depuis la naissance, appareillée depuis l’âge de 4 ans. Ophélie nous raconte son parcours de vie qui l’a amené à devenir la jeune fille épanouie qu’elle est aujourd’hui. Découvrez le témoignage d’Ophélie.

Ses passions ? Self-défense féminin, la LSF et les livres de Science-fiction !

Je prends des cours de self-défense féminin, pour savoir me défendre dans la rue face à une agression. J’apprends la langue des signes (LSF), une langue que j’ai toujours voulu découvrir et que je trouve passionnante. Je suis par ailleurs passionnée de lecture, principalement de la science-fiction, et d’aventures mystérieuses, ainsi que d’écriture de romans. Celui qui est le plus abouti actuellement est une histoire réaliste, mais fictive.

Quels souvenirs gardez-vous de votre parcours de malentendante ?

 

Malentendante de naissance

Les médecins pensent que ma surdité est apparue peu de temps après ma naissance, mais ma mère, en recoupant ses souvenirs, est persuadée que je la tiens de naissance.

Une enfance et une scolarité solitaires …

A l’école, j’étais assez déprimée d’être différente des autres, mais étant solitaire, je m’en contentais. Les enfants m’évitaient souvent, j’avais peu d’amis. Mes amis étaient ceux de ma petite sœur. J’avais aussi des amis d’une classe malentendants/sourds en primaire.

Ma professeur de CE1 m’avait prise en grippe en raison de mon poids, et voulait que je « dégage » de sa classe. Comme une classe était spécifique aux sourds/malentendants, on voulait m’y mettre. Sauf que mes parents ne voulaient pas et que le besoin ne se présentait pas, étant donné mon adaptation et ma réussite sur un parcours « classique ».

J’ai eu une orthophoniste jusqu’à la sixième, moment où elle a décidé que je n’avais plus besoin d’aide, en dépit de mes blocages sur les « SEU » et les « CHEU » en prononciation. Je m’en sors assez bien en effet en lecture labiale, sans laquelle je suis incapable de tenir une conversation normale sans appareils.

Collège, lycée et fac : des mondes différents

Au collège, j’étais toujours mise de côté, prise pour une folle car je me parlais toute seule et étais solitaire. Quand je me faisais des amis, j’avais tendance à les « coller » et à les énerver pour ces raisons. Ce fut une période assez difficile à vivre, avec des moqueries de la part des autres, principalement amplifiées par la jalousie de me voir réussir mieux qu’eux.

Au lycée, tout était différent. Les gens semblaient plus adultes, plus matures, hormis quelques exceptions. J’avais un bon groupe d’amis, j’étais moins mise de côté. Mais mon handicap se rappelait souvent à moi dans le bruit et les groupes…, me mettant malheureusement à l’écart.

A la faculté, c’était encore autre chose. Les deux premières années, j’étais en médecine et la concurrence n’est pas propice à devenir amis avec les gens. Pour la licence dont j’ai parlé plus haut, j’étais dans une autre faculté où le soutien et l’entraide étaient de mise, donc tout le monde se parle plus ou moins et se côtoie.

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a décidé à vous appareiller ?

Mes parents ont voulu que je sois appareillée quand ils ont vu que je n’étais pas capable de comprendre tout ce qu’on me disait, que j’étais très fortement malentendante. Ils voulaient le meilleur pour moi, et je les remercie d’ailleurs d’avoir fait ce choix.

Mes appareils, ce sont mes oreilles.

Quand je ne les ai pas, pour quelque raison que ce soit, je suis irritable et triste.

Quels souvenirs forts gardez-vous de votre parcours vers l’appareillage auditif ?

Je n’ai pas vraiment de souvenirs de mon enfance. La seule chose que je sais, c’est ce que ma mère m’a racontée de la première fois que j’ai porté des appareils. Elle était émue par mes paroles: « Maman, c’est quoi qui fait cuicui?« . J’entendais un oiseau pour la première fois.

Quels sont les moments les plus compliqués à vivre en tant que malentendante ?

Le plus dur, quand on est malentendant, c’est de supporter le regard des gens quand on ne comprend pas ce qu’on nous dit.

Surtout les « Oh, je n’ai/il n’a/elle n’a/ils n’ont rien dit d’important, t’inquiète… ». C’est assez frustrant à vivre.

A côté de cela, il y a aussi les conversations en milieu bruyant, les réunions de famille, les booms, les fêtes… C’est assez difficile à supporter. Surtout quand tout le monde parle en même temps. Il faut donc se ménager des moments de calme et de repos pendant ces périodes. Heureusement, les appareils auditifs sont de plus en plus performants aujourd’hui pour ces situations permettant même parfois de mieux comprendre qu’un entendant. ^^

Quels sont les moments les plus joyeux à vivre en tant que malentendant(e) ? Si si y en a:)

Les moments les plus drôles sont quand on arrive à comprendre ce que chuchote une personne en lisant sur les lèvres, alors qu’elle ne voulait pas être comprise. Cela m’arrive rarement, mais ça arrive.

J’ai plusieurs anecdotes de professeurs qui portaient le microphone HF et qui oubliaient que je les écoutais. Je les entendais alors parfois dire un gros mot, se croyant seuls, parler de jeux entre collègues.

“Un moment gênant fut celui où un professeur est parti avec aux toilettes, situés à proximité. J’ai préféré coupé la liaison ^^’”

D’autres moments marrants : quand les élèves se servent de moi, et donc de mon microphone, pour savoir quand le professeur qui s’était absenté allait revenir. Les élèves sont toujours surpris la première fois que je leur fais le tour.

Ce qui est bien avec ce microphone, c’est d’entendre le professeur comme s’il était près de moi, et ce même s’il est à 10 mètres. C’est d’ailleurs un avantage considérable quand le professeur part au fond d’un amphi, sans microphone ambiant.

Votre conseil à un malentendant pour bien vivre son handicap auditif

Je lui dirais de ne pas se prendre la tête. Moins on s’en inquiète et moins les gens s’en occupent. J’ai rencontré des sourds, avec lesquels j’arrive à communiquer, parce qu’ils ne se sentent pas gênés par les difficultés de communication. Ne vous sentez pas gênés. C’est difficile à faire, mais c’est tellement bénéfique !

Votre conseil pour bien vivre son appareillage auditif

Ce n’est pas facile de vivre le port d’appareils pour la première fois. S’il s’agit d’un enfant, il ne faut pas le forcer, mais lui montrer l’intérêt du port des prothèses, lui faire découvrir des sons nouveaux qu’il peut détecter avec, tout en prenant garde à ne pas lui faire mal. Au début, l’adaptation est nécessaire, et il faut donc ménager un peu de temps, surtout du calme autour de soi lors du port des appareils. Les porter progressivement est un conseil souvent donné, surtout pour les enfants.

Mais pour un adulte, je conseille de les porter un maximum, jusqu’à n’en plus pouvoir, et de les remettre dès que les oreilles ou la tête sont un peu reposées.

Un dernier mot ?

Je pense que mon témoignage est assez complet. Je voudrais juste rajouter une chose: il faut toujours croire en ses rêves. Un handicap peut toujours être compensé. Ne vous mettez pas de bâtons dans les roues alors que vous pourriez devenir la personne que vous souhaitez être.

On ne vit jamais qu’une fois et c’est bien assez que d’être handicapé, alors si on devait en plus s’empêcher de vivre, ce ne serait pas super. Alors vivez ! Chantez ! Dansez ! Aimez ! Faites le métier que vous voulez ! Bref vivez vos rêves et vos passions !

Un grand merci à toi Ophélie pour ce très beau témoignage.

Vous avez envie de témoigner de votre parcours de malentendant ?

Mon témoignage de malentendante pour « 6 millions de malentendants »

Mon témoignage de malentendante pour « 6 millions de malentendants »

Je vous livre avec plaisir mon témoignage de malentendante et les raisons qui m’ont amenées à créer le blog «  Je suis malentendant » dans le dernier numéro de «  6 Millions de malentendants ».

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Angélique CADIC, j’ai 39 ans, malentendante et appareillée depuis l’âge de 18 ans sur les deux oreilles, en intra auriculaire. Ma perte est de 50 % en moyenne. Je suis rédactrice pour le web. J’ai exercé pendant dix ans le métier d’assistante audioprothésiste. J’ai crée depuis 2014 le blog « Je suis malentendant », je rédige des chroniques sur la vie quotidienne des malentendants, des conseils de l’assistante audioprothésiste et des actualités sur l’audition.

Quelle est l’histoire de ta malentendance ?

C’est une histoire familiale. Ma grande soeur est malentendante et appareillée depuis l’enfance. Mon audition a été surveillée de près, j’ai commencé à entendre moins bien à douze ans jusqu’à devoir m’appareiller à la sortie du lycée. Le déclic est venu le jour où j’assistais à un cours dans un grand amphithéâtre et que j’entendais le prof parler mais je ne comprenais pas un mot. En regardant autour de moi, je me suis rendue compte que mes voisins prenaient des notes et que j’étais la seule à ne pas comprendre. Il était temps de faire quelque chose.

Quel déclic t’a amenée à créer ce blog en 2014 ?

Lorsque j’étais assistante en audioprothèse, je sentais bien que mon témoignage de malentendante appareillée apportait un vrai réconfort aux personnes venues se renseigner. Comme un verrou qui saute, une censure qui s’efface, ils osaient me poser toutes les questions qui leur venaient à l’esprit. De par mon esprit positif et optimiste, ils sortaient de nos entretiens plus légers et rassurés. J’ai eu envie de transmettre en dehors du centre dont je dépendais. L’exercice de la rédaction me tentait bien aussi. Les blogs étaient en plein essor tout comme les réseaux sociaux. J’avais aussi envie de créer une communauté de malentendants « comme moi » à savoir des personnes ayant une perte auditive légère à moyenne et qui, une fois appareillées, ont une audition proche de la normale (mais pas parfaite).

Qui sont ses lecteurs ?

Des malentendants mais pas que ! Des jeunes, des moins jeunes, c’est très varié mais j’ai été surprise de recevoir beaucoup de messages de la part de malentendants dans ma tranche d’âge. J’adore voir que certains malentendants assument davantage leur situation alors qu’ils évitaient d’en parler jusqu’à présent. C’est réconfortant de trouver d’autres personnes vivant la même chose que soi. La communauté sur les réseaux sociaux est très active, les abonnés à la page Facebook « Je suis malentendant » sont plein d’humour et ont un regard sur leur surdité décomplexé. Ça fait plaisir.

Tu expliques sur ton blog que ton handicap auditif a été un facteur positif dans ton précédent métier, peux-tu nous en dire plus ?

Lors de mon entretien de recrutement pour le poste d’assistante audioprothésiste, mon futur employeur avait souligné plusieurs fois le début de ma lettre de motivation « Malentendante, appareillée ». C’était la première fois que j’envisageais ma perte auditive comme un atout. Qui mieux que moi pour parler des appareils auditifs ? Je leur suis vraiment reconnaissante de m’avoir permis de voir mon handicap sous un aspect positif dans l’environnement professionnel. Dès lors, j’ai vraiment senti que c’était une vraie force dans mon métier, dans ma relation avec les patients et leur famille.

 

“C’était la première fois que j’envisageais ma perte auditive comme un atout »

 

 

Tu utilises beaucoup l’humour pour aborder le sujet de la malentendance. Quelles sont les réactions de tes lecteurs à cette approche ?

Mes chroniques ont toujours reçu un très bon accueil, que ce soit mes conseils pour séduire un malentendant ou les situations que les parents entendants nous envient… Je parle de mon vécu, avec beaucoup d’autodérision et sans (j’espère) manquer de respect aux autres malentendants. Pour certains, c’est plus difficile quand la perte auditive est plus profonde ou récente ou lorsqu’elle touche un enfant.

5 ans après la création de ton blog, comment a-t-il évolué ?

J’ai plus que jamais envie de transmettre mon expérience, partager mon quotidien et ses situations souvent pas simples à gérer. Et là encore, j’ai envie d’utiliser l’humour pour dédramatiser. Et parce que je ne suis pas la seule à vivre ma malentendance de cette manière, j’ouvre le blog aux témoignages pour parta- ger encore plus de cet état d’esprit positif et inspirant. Car oui on peut souffrir d’une perte auditive, porter des appareils et vivre sa vie comme on l’entend !!

« Mon handicap, mon atout professionnel »

« Mon handicap, mon atout professionnel »

Découvrez mon témoignage pour la Fondation de l’Audition. 

Mon handicap, mon atout professionnel

Je reviens sur mes premiers pas dans le monde professionnel et sur cette rencontre décisive qui a changé le regard que je portais sur mon handicap.

Le lien vers l’article sur le site de la Fondation de l’Audition : « Mon handicap, mon atout professionnel »

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d’entendre les jolis sons de la vie « 

Voici l’un de nos premiers témoignages de malentendants, à l’aise dans leurs baskets et leurs appareils auditifs !

Voici Juliette, 38 ans, pacsée et maman d’une fille de 4 ans. Elle nous parle de sa vie de malentendante et nous donne ses conseils pour accepter son handicap et profiter de la vie grâce à ses appareils auditifs.

Psst ! Juliette est aussi graphiste indépendante, et c’est elle qui a créé les chouettes petites têtes blondes de ce blog ! Bravo et merci encore !

Depuis combien de temps es-tu malentendante ?

Malentendante de naissance, j’ai vécu une enfance et une adolescence classiques. Il fallait toutefois que je m’adapte à l’école pour suivre les cours : m’assoir au premier rang, prévenir les professeurs et les camarades de classe.

J’ai la chance d’avoir toujours été bien entourée : amis et famille, qui ont toujours fait preuve de compréhension.

Mon plus mauvais souvenir ? Les heures interminables passées dans les salles d’attente du service ORL, pour réaliser des audiogrammes.

Quand as-tu décidé à t’appareiller ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Je suis appareillée depuis 2010 (les 2 oreilles, surdité bilatérale). J’avais 30 ans quand j’ai pris la décision.
Il a fallu plusieurs années et plusieurs postes occupés au sein d’entreprises pour enfin nommer, ce qui était pour moi un détail de ma vie : un handicap.

 » Le handicap ? Un détail de ma vie « 

Le déclic s’est produit quand j’occupais un poste de standardiste dans une clinique. Une expérience qui s’est soldée par un échec et la prise de conscience qu’il fallait l’accepter.

Quels souvenirs gardes-tu de ton parcours vers l’appareillage auditif ?

Tout d’abord l‘aspect financier ! Les appareils auditifs ne sont pas remboursés par la sécurité sociale (du moins, une petite somme dérisoire).

Le côté positif : entendre pour la première fois la climatisation dans le cabinet de mon audioprothésiste, entendre le chant des oiseaux, le bruit des vagues à la mer.

 » Mon plus beau souvenir une fois appareillée : entendre les battements de cœur de ma fille ! « 

Et un peu plus tard, la chance de pouvoir vivre pleinement mon accouchement : entendre les battements de cœur de ma fille, l’entendre respirer.

Quels sont les moments les plus compliqués à vivre en tant que malentendante ?

Dans la compréhension des phrases ou mots qui ne sont pas entendus, j’ai remarqué que les locuteurs se fixent un quota : au-delà de 3 répétitions, ils ne répètent plus.

 » Au-delà de 3 fois, les gens ne répètent plus « 

A nous de nous débrouiller ! Soit on fait semblant d’avoir compris au risque de passer pour un idiot, soit on passe réellement pour un idiot. Devoir se justifier en permanence est assez usant.

Personnellement, même appareillée, j’éprouve des difficultés à suivre une conversation de groupe (encore plus quand c’est dans un endroit bruyant : restaurant par exemple).

Quels sont les moments les plus joyeux à vivre en tant que malentendante ?
Si si y en a 🙂

Pouvoir diminuer le son, ou éteindre complètement mes appareils (dans des situations trop bruyantes)

 » Le super pouvoir des malentendants : comprendre à distance avec la lecture labiale « 

Mais le  » must  » c’est de pouvoir comprendre des phrases à distance. Une sorte de  » super pouvoir  » ! A défaut d’avoir été appareillée pendant les 30 premières années de ma vie, j’ai appris à lire sur les lèvres et il m’est déjà arrivé de connaître mon « sort  » dans une entreprise avant l’annonce officielle.

Ton conseil pour bien vivre son handicap auditif ?

Pour commencer, je conseille de ne pas sous-estimer le handicap. Le prendre en compte le plus tôt possible permet de choisir une voie, un métier qui soit compatible.

Et bien sûr, s’appareiller. Étape indispensable pour avancer plus sereinement dans la vie. Pour ne plus être un fardeau pour les autres.

Ton conseil pour bien vivre son appareillage auditif ?

Oublier ses complexes et foncer directement voir un audioprothésiste.
L’apport des appareils auditifs pour notre qualité de vie est inestimable.

Un grand merci à Juliette pour sa contribution !

Je vous rappelle que Juliette est graphiste indépendante. Vous pouvez retrouver ses créations sur Facebook notamment.